Recouvrement des créances commerciales : procédures, délais et stratégie

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Dernière mise à jour le
25/3/2026

Le recouvrement des créances commerciales : processus, procédures et points de vigilance

Une facture impayée à 30 jours génère un coût de trésorerie. À 90 jours, elle devient un risque financier. Au-delà, elle menace parfois la pérennité même de l'entreprise créancière. En France, le délai moyen de paiement entre entreprises oscille autour de 50 jours, et les retards de paiement constituent la première cause de défaillance des PME.

Le recouvrement d'une créance commerciale obéit à un processus progressif, de la relance amiable à l'exécution forcée, en passant par des procédures judiciaires dont le choix dépend de la nature de la créance, du comportement du débiteur et de l'urgence. Cet article présente les étapes clés de ce processus et les principales voies de droit à la disposition du créancier.

Les étapes clés du recouvrement d'une créance commerciale :

  1. Constituer un dossier de preuve solide dès la naissance de la créance (contrat, factures, preuves de livraison).
  2. Engager les relances amiables dans un délai raisonnable après l'échéance.
  3. Adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception.
  4. Le cas échéant, solliciter des mesures conservatoires pour protéger ses droits.
  5. Choisir la procédure judiciaire adaptée : injonction de payer, référé-provision ou assignation au fond.
  6. Procéder à l'exécution du titre exécutoire obtenu.

La phase amiable : relances et mise en demeure

Les relances préalables

Avant toute action judiciaire, la phase amiable constitue un préalable indispensable, tant sur le plan pratique que stratégique. Une relance rapide et documentée permet souvent de résoudre un impayé sans recourir au juge, tout en préservant la relation commerciale.

Les relances peuvent prendre la forme de courriers, d'appels téléphoniques ou de courriels. Leur contenu doit être factuel : référence de la facture, montant dû, date d'échéance dépassée, rappel des conditions contractuelles de paiement. Chaque relance doit être conservée par écrit, car elle constitue un élément de preuve utile en cas de contentieux.

La mise en demeure

La mise en demeure marque la dernière étape avant le contentieux. Elle est adressée par lettre recommandée avec accusé de réception et doit identifier précisément la créance réclamée, son fondement contractuel, et fixer un délai raisonnable pour le paiement. En application de l'article 1231-6 du Code civil, la mise en demeure fait courir les intérêts moratoires au taux légal à compter de sa réception par le débiteur.

Au-delà de son effet juridique, la mise en demeure remplit une fonction probatoire déterminante : elle démontre au juge que le créancier a tenté de résoudre le différend à l'amiable et que le débiteur est resté défaillant malgré une interpellation formelle.

La procédure simplifiée de recouvrement des petites créances

Pour les créances contractuelles d'un montant n'excédant pas 5 000 euros en principal et intérêts, une procédure simplifiée permet de confier le recouvrement à un commissaire de justice. Si le débiteur accepte de participer à la procédure et qu'un accord est trouvé sur le montant et les modalités de paiement, le commissaire de justice délivre un titre exécutoire sans intervention du juge, en application de l'article L. 125-1 du Code des procédures civiles d'exécution. En l'absence de réponse du débiteur dans un délai d'un mois, son silence vaut refus, et le créancier doit alors saisir le juge.

L'injonction de payer : une procédure rapide pour les créances non contestées

Conditions et domaine d'application

L'injonction de payer est la procédure de prédilection pour le recouvrement des créances commerciales non contestées. Elle permet d'obtenir un titre exécutoire de manière rapide et peu coûteuse, sans débat contradictoire initial.

En application de l'article 1405 du Code de procédure civile, cette procédure est ouverte lorsque la créance a une cause contractuelle ou résulte d'une obligation de caractère statutaire et s'élève à un montant déterminé. Elle est également ouverte lorsque l'engagement résulte de l'acceptation ou du tirage d'une lettre de change, de la souscription d'un billet à ordre ou de l'acceptation d'une cession de créances professionnelles. La créance n'est soumise à aucun plafond de montant.

Le créancier dépose une requête auprès du président du tribunal de commerce (pour les créances commerciales) ou du tribunal judiciaire, accompagnée des pièces justificatives. Le juge statue sans convoquer le débiteur : s'il estime la demande fondée, il rend une ordonnance portant injonction de payer.

Signification et délais

L'ordonnance doit être signifiée au débiteur dans un délai de 6 mois, à peine de caducité. La signification interrompt la prescription à la différence du dépôt de la requête lui-même. Le débiteur dispose alors d'un délai d'un mois pour former opposition. Si le débiteur forme opposition, l'exécution de l'ordonnance est suspendue et l'ensemble du litige est examiné par le tribunal.

En l'absence d'opposition, l'injonction de payer devient exécutoire et le créancier peut procéder à son exécution forcée.

La réforme de 2026

Le décret du 16 février 2026 portant réforme de l'injonction de payer modifie sensiblement la procédure. Pour les ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026, le délai de signification est réduit à 3 mois. Le greffe n'avisera plus le créancier que des oppositions formées, dans un délai d'un mois à compter de leur réception.

À défaut d'avis d'opposition reçu dans les 2 mois suivant la signification, le créancier pourra directement poursuivre l'exécution de l'ordonnance. Cette réforme vise à accélérer le recouvrement, mais impose au créancier une diligence accrue dans le respect des délais.

Le référé-provision : obtenir rapidement le paiement d'une créance non sérieusement contestable

Le principe : l'absence de contestation sérieuse

Lorsque la créance n'est pas sérieusement contestable mais que le débiteur refuse de payer, le référé-provision offre une voie rapide pour obtenir une condamnation provisoire. En pratique, l'ordonnance accordant une provision est rarement suivie d'une procédure au fond.

En application de l'article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile (et de l'article 873 alinéa 2 pour le tribunal de commerce), le juge des référés peut accorder une provision au créancier dès lors que l'obligation n'est pas sérieusement contestable. La condition d'urgence n'est pas requise pour ce chef de demande. Le montant de la provision peut être égal ou inférieur au montant total de la créance.

Les limites du référé-provision

Le juge des référés ne statue qu'à titre provisoire : sa décision n'est pas revêtue de l'autorité de la chose jugée et ne fixe pas définitivement la créance. La Cour de cassation exerce un contrôle strict sur la notion de contestation sérieuse. Si le moyen de défense soulevé par le débiteur est de nature à affecter l'assiette de l'obligation ou le principe même de la créance, la demande de provision sera rejetée. C'est par exemple le cas lorsqu'une expertise est nécessaire pour déterminer la responsabilité du défendeur.

Par ailleurs, le référé-provision est inopérant lorsque le débiteur fait l'objet d'une procédure collective. La Cour de cassation considère que l'instance en référé-provision n'est pas une instance en cours interrompue par l'ouverture de la procédure collective : la demande de provision devient irrecevable en vertu de la règle de l'interdiction des poursuites (arrêt du 26 juin 2019, n° 18-16.777).

L'assignation au fond : la voie du contentieux complet

Quand recourir à la procédure au fond

L'assignation au fond est la voie de droit classique lorsque la créance est sérieusement contestée, que les faits sont complexes ou que l'enjeu justifie un examen approfondi.

Cette procédure permet un débat contradictoire complet et aboutit à un jugement qui, une fois passée en force de chose jugée, constitue un titre exécutoire. Elle est plus longue et plus coûteuse que les procédures simplifiées, mais elle est la seule à permettre un examen exhaustif du litige.

Les mesures conservatoires : sécuriser la créance avant le jugement

Lorsque le créancier craint que le débiteur n'organise son insolvabilité, il peut solliciter une mesure conservatoire avant même l'obtention d'un titre exécutoire. En application de l'article L. 511-1 du Code des procédures civiles d'exécution, toute personne dont la créance paraît fondée en son principe peut obtenir du juge l'autorisation de pratiquer une mesure conservatoire sur les biens de son débiteur, à condition de justifier de circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement.

La saisie conservatoire de créances de sommes d'argent rend indisponibles les sommes détenues par un tiers (typiquement, une banque) pour le compte du débiteur. Elle doit être signifiée au tiers saisi, puis dénoncée au débiteur dans un délai de huit jours. Elle doit être suivie de l'introduction d'une procédure visant à obtenir un titre exécutoire dans le mois suivant son exécution.

Pour plus d'informations : Saisies conservatoires et voies d'exécution.

La prescription : un piège fréquent

Le délai de prescription de l'action en paiement d'une créance commerciale est de cinq ans, en application de l'article L. 110-4 du Code de commerce. Ce délai court à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer son action et est interrompue par la signification de l'ordonnance d'injonction de payer, par l'assignation en justice ou par la reconnaissance de dette du débiteur.

Conclusion

Le recouvrement d'une créance commerciale suppose une démarche structurée, de la phase amiable à l'exécution, en passant par le choix de la procédure judiciaire la mieux adaptée au profil de la créance et à la situation du débiteur.

Pour sécuriser vos procédures de recouvrement ou définir la stratégie la plus adaptée à votre situation, notre cabinet vous accompagne à chaque étape, de la mise en demeure à l'exécution du titre exécutoire.

Questions fréquentes

Quel est le délai de prescription pour recouvrer une créance commerciale ?

Le délai de prescription est de 5 ans, en application de l'article L. 110-4 du Code de commerce. Il court à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer son action, ce qui correspond généralement à la date d'exécution de la prestation entre professionnels.

La mise en demeure est-elle obligatoire avant d'engager une procédure de recouvrement ?

Aucun texte n'impose formellement l'envoi d'une mise en demeure avant de saisir le juge dans le cadre d'un recouvrement de créance commerciale. Toutefois, elle est vivement recommandée : elle fait courir les intérêts moratoires, constitue une preuve de la résistance du débiteur et démontre au juge la bonne foi du créancier. Dans certains cas (procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, par exemple), une démarche amiable préalable est en revanche un prérequis procédural.

Quelle différence entre l'injonction de payer et le référé-provision ?

L'injonction de payer est une procédure non contradictoire adaptée aux créances non contestées, sans plafond de montant. Le référé-provision suppose que la créance ne soit pas sérieusement contestable et aboutit à une décision provisoire rendue après un débat contradictoire. Le référé-provision est particulièrement utile lorsque le créancier a besoin d'un paiement rapide face à un débiteur qui refuse de régler sans motif sérieux.

Peut-on obtenir une saisie conservatoire avant d'avoir un jugement ?

Oui. Le créancier dont la créance paraît fondée en son principe peut obtenir du juge l'autorisation de pratiquer une saisie conservatoire sur les biens du débiteur, à condition de justifier de circonstances menaçant le recouvrement. Cette mesure permet de rendre indisponibles des sommes ou des actifs du débiteur en attendant l'obtention d'un titre exécutoire.

Que faire si le débiteur est en procédure collective ?

L'ouverture d'une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire entraîne l'interdiction des poursuites individuelles contre le débiteur. Le créancier doit alors déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire dans le délai de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC, sous peine de forclusion.

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