La rupture brutale de relations commerciales établies est un contentieux très fréquent en droit des affaires. Prévu à l'article L. 442-1, II du Code de commerce, le régime de la rupture brutale impose le respect d’un préavis écrit suffisant lors de la cessation, même partielle, d'une relation commerciale établiie.
Mais comment rapporter la preuve de la rupture brutale et maximiser ses chances devant le Tribunal de commerce (devenu Tribunal des activités économiques dans certaines villes dont Paris) ? Toutes les réponses à vos questions dans cet article avec une check-list des pièces à produire.
I. Le cadre posé par l’article L. 442-1, II du Code de commerce
L’article L. 442-1, II du Code de commerce sanctionne « le fait, par toute personne exerçant des activités de production, de distribution ou de services de rompre brutalement, même partiellement, une relation commerciale établie, en l'absence d'un préavis écrit qui tienne compte notamment de la durée de la relation commerciale, en référence aux usages du commerce ou aux accords interprofessionnels ».
A. Condition n° 1 : Une relation commerciale établie
1. La notion de relation commerciale établie
La notion de « relation commerciale établie » n'est pas définie par le Code de commerce. Elle peut être formelle ou informelle, naître d'une succession de contrats à durée déterminée, d'un contrat à durée indéterminée ou d'une succession de bons de commande.
Les principaux critères ont été fixés par la jurisprudence :
- Régularité, importance et stabilité : Y compris lorsque cela résulte d’une succession de contrats ponctuels.
- Attentes légitimes du partenaire : La victime doit pouvoir anticiper une certaine continuité du flux d’affaires.
À noter : S'il s'agit d'une prestation par nature précaire (ex : appels d’offres systématiques ou marchés sans reconduction tacite), il n’y a pas de relation commerciale établie.
2. La preuve de la relation commerciale établie
La preuve est libre et peut être rapportée par tous moyens devant le Tribunal de commerce :
- Contrats, factures, bons de commande, correspondances.
- Historique des commandes, tableaux de chiffre d’affaires sur plusieurs années.
- Attestations d’expert-comptable confirmant l'importance économique de la relation.
Conseil pratique : Constituez un dossier chronologique et exhaustif retraçant l’évolution de la relation, en mettant en avant la régularité, la durée et l’importance économique de la relation pour votre entreprise.
B. Condition n° 2 : La rupture de la relation commerciale
La rupture d'une relation commerciale établie n’est pas synonyme de non-renouvellement ou de résiliation.
En pratique, la rupture peut être totale ou partielle :
- Rupture totale : Arrêt complet des commandes, résiliation unilatérale du contrat, etc.
- Rupture partielle : Déréférencement de certains produits, modification substantielle des conditions (ex : suppression de remises), chute significative du chiffre d’affaires ou modification unilatérale des conditions de paiement.
À noter : L'absence d'interruption du flux d'affaires n'exclut pas l'existence d'une rupture partielle de la relation commerciale (ex : modification substantielle des conditions de la relation).
C. Condition n° 3 : L'absence ou l'insuffisance du préavis écrit
1. La notion de rupture brutale
L'article L. 442-1, II du Code de commerce ne sanctionne pas la rupture de la relation commerciale mais sa brutalité.
La brutalité de la rupture se caractérise par l’absence ou la brièveté du préavis écrit. La durée du préavis doit tenir compte de la durée de la relation, mais aussi :
- De l’état de dépendance économique de la victime.
- Du temps nécessaire à la reconversion ou à la recherche d’un client de substitution.
À noter :
- La durée contractuelle ou interprofessionnelle n’est pas nécessairement suffisante.
- Un préavis de 18 mois ou plus est toujours suffisant.
- Les seules dispenses de préavis sont l’inexécution grave par l’autre partie ou la force majeure.
- La prévisibilité de la rupture ne dispense pas du préavis formel.
2. La preuve de la rupture brutale
Vous devez prouver :
- L'absence de préavis écrit donné par votre partenaire commercial (si vous prétendez que vous n'avez pas reçu de préavis écrit, votre partenaire devra rapporter la preuve contraire).
- L'insuffisance du préavis écrit en comparant le préavis accordé et celui qui aurait dû être respecté selon la jurisprudence et les usages commerciaux.
- Les circonstances susceptible d'influer sur la durée du préavis (ex : état de dépendance économique, difficultés de reconversion ou de substitution).
II. Check-list des pièces à produire devant le tribunal
Pour maximiser ses chances de succès devant les tribunaux, la victime de la rupture doit produire :
- Tout écrit attestant de la réalité de la relation commerciale (contrat, bons de commande, factures, correspondances...).
- Comptes annuels (3 dernières années) et soldes intermédiaires de gestion.
- Calcul du pourcentage du chiffre d’affaires réalisé avec l’auteur de la rupture.
- Éléments de calcul de la marge sur coûts variables (identification précise des coûts variables).
- Les pièces comptables permettant de justifier du chiffre d'affaires réaliser avec l'auteur de la rupture et de la marge sur coûts variables.
- Attestations d’expert-comptable ou de commissaire aux comptes justifiant la méthode de calcul.
- Pièces permettant de justifier la durée du préavis (nature de l’activité, temps de reconquête).
La preuve de la rupture brutale de relations commerciales établies exige une démarche méthodique, rigoureuse et documentée. La maîtrise des critères jurisprudentiels, l'estimation cohérente de votre marge sur coûts variables et la préparation minutieuse de votre dossier sont les clés pour maximiser vos chances de succès.
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